Un mythe : apprendre une langue à l’étranger

J’aimerais aujourd’hui parler d’un des plus grands mythes de l’apprentissage des langues, qu’on entend répéter régulièrement. Je l’ai brièvement évoqué dans un précédent article, mais j’aimerais ici approfondir le sujet.

Il est une idée fort répandue, selon laquelle le meilleur moyen d’apprendre une langue est d’aller vivre dans un pays où l’on parle cette langue. Malheureusement, cette conception simplificatrice est assez éloignée de la réalité.

Nous connaissons tous des gens qui, malgré le fait qu’ils vivent dans un certain pays depuis 5, 10 ou 20 ans, ont de la peine avec la langue locale, voire ne la parlent pas du tout. Vous connaissez peut-être aussi des personnes qui parlent couramment une ou plusieurs langues étrangères alors qu’elles n’ont jamais vécu dans un endroit où ces langues sont parlées. Que conclure de tout cela ?

  1. Vivre là où une langue est parlée n’est pas suffisant pour apprendre celle-ci
  2. Vivre là où une langue est parlée n’est pas nécessaire pour apprendre celle-ci

Pour illustrer cela de manière plus concrète, voici trois études de cas tirées de mon expérience personnelle :

1) Le suédois

Je n’ai jamais vécu en Suède, et j’y ai séjourné seulement une vingtaine de jours dans toute ma vie, répartis sur les cinq dernières années. Le suédois est cependant une des langues étrangères que je parle le mieux, à un niveau B2-C1.

Si j’ai pu atteindre un tel niveau, c’est parce que j’ai décidé d’apprendre cette langue sérieusement, en pratiquant régulièrement grâce à des tandems (en personne et sur Skype), en écoutant quotidiennement des podcasts en suédois, en lisant des livres, en développant mon vocabulaire. J’ai pu créer un phénomène d’immersion linguistique, alors même que je vivais à des milliers de kilomètres de la Suède.

2) Le norvégien

Le norvégien est une langue que j’ai apprise suite au suédois, mais de manière moins intense. Je n’ai jamais eu de partenaire linguistique stable, et ma pratique s’est quasiment limitée à l’écoute de podcasts. Finalement, l’été passé, j’ai eu l’occasion de vivre quatre mois en Norvège, et de travailler à la réception d’une auberge de jeunesse. En dépit de ce séjour, mon niveau de norvégien a peu progressé. Pourquoi ?

Même si j’ai eu l’occasion de pratiquer diverses langues, la langue principale que j’utilisais au travail était l’anglais. Lorsque j’allais au supermarché ou dans un café, j’utilisais certes le norvégien, mais ces interactions étaient courtes et limitées. La plupart des amis que je me suis faits en Norvège n’étaient pas norvégiens, et je n’utilisais donc pas cette langue avec eux. Quant à mes amis norvégiens, je ne parlais pas toujours leur langue avec eux non plus. Le désir d’avoir des conversations intéressantes et développées nous menait à l’utilisation de l’anglais.

Si je n’ai pas plus progressé en norvégien, c’est entièrement ma faute. J’aurais pu choisir de passer plus de temps avec des Norvégiens, de parler plus souvent dans la langue locale, et de ne pas passer à l’anglais lorsque les sujets de conversation devenaient complexes.

3) Le polonais

Ma relation avec la langue polonaise peut se résumer en trois phases. J’ai appris plus de polonais en l’espace de six mois que dans n’importe quelle autre langue, et ceci en vivant en Suisse et en travaillant à plein temps. C’était il y a trois ans, lorsque j’ai commencé à étudier cette langue. Plusieurs raisons expliquent cette efficacité :

  • J’étais extrêmement motivé.
  • J’avais déjà une certaine expérience en matière d’apprentissage des langues, et je savais donc comment procéder.
  • Je mettais à profit chaque moment libre pour étudier. Durant mes trajets en train, j’écoutais des podcasts, révisais du vocabulaire ou utilisais ma méthode Assimil. Plusieurs soirs par semaine, je faisais des tandems.

Après ces six mois, je suis passé à d’autres projets, et je n’ai presque plus pratiqué pendant environ deux ans, avant que je ne décide de vivre quelque temps en Pologne, le printemps dernier. J’ai très peu progressé lors de ce séjour d’environ un mois et demi. L’explication peut se résumer à ceci : je n’ai pas assez utilisé la langue durant ces quelques semaines.

À l’inverse, je suis maintenant à nouveau en Pologne depuis un mois et demi, et mon niveau de polonais a passablement évolué. Pourquoi ? Je me suis promis d’utiliser le polonais quotidiennement, plus que lors de mon précédent séjour. Je ne me contente pas d’employer la langue au supermarché ou lors de mes sorties, mais je prends également part à différents événements et activités en polonais, comme par exemple des cafés linguistiques. En outre, j’ai repris mes tandems, j’écoute des podcasts chaque jour et j’ai commencé à lire en polonais.

Je peux cependant faire mieux : il me faut encore me forcer plus souvent à parler polonais avec mes amis locaux, même (ou plutôt, surtout) lorsque les conversations deviennent complexes et que les mots me manquent.

Quelles leçons retirer de tout cela ?

Que vous habitiez ou non dans un pays où la langue que vous apprenez est parlée, vous ne progresserez que si vous faites un effort délibéré de pratiquer cette langue quotidiennement. Si vous vivez à l’étranger, faites-vous des amis locaux et forcez-vous à parler la langue avec eux. Participez à des cafés linguistiques et à d’autres événements (que vous pouvez trouver sur Couchsurfing ou Facebook par exemple).

Évidemment, c’est un défi. Il y aura des moments où vous vous sentirez un peu dépassé, à l’écart, n’étant pas capable de participer pleinement aux conversations, ou pas autant que vous l’aimeriez. Cela est normal et s’améliorera avec le temps.

Les tandems sont une excellente activité pour vous améliorer, que vous viviez ou non là où la langue est parlée. À vrai dire, les séjours à l’étranger et les tandems sont deux choses complémentaires. Vivre dans un autre pays vous aidera à en apprendre les expressions de tous les jours, à vous débrouiller dans les magasins, les cafés, etc. Ce que vous ne pouvez pas vraiment pratiquer lors de tandems, à moins de créer des situations imaginaires. De l’autre côté, faire des tandems vous permettra d’avoir quelqu’un pour vous corriger et vous aider dans votre apprentissage, ce qui n’est pas le rôle de votre conducteur de bus ou de votre serveur.

En conclusion, cette idée selon laquelle vivre dans tel ou tel pays vous permettra d’en acquérir la langue de manière quasi magique est absurde. Votre succès dépend d’un travail régulier, et du choix quotidien et répété d’utiliser la langue que vous apprenez, que ce soit chez vous ou au bout du monde.

Et vous, avez-vous déjà vécu dans un pays sans progresser dans la langue locale autant que vous l’auriez souhaité ou imaginé ? Faites-nous part de vos expériences !

Par |2017-12-12T15:23:40+01:0012 décembre 2017|Catégorie : Autres|

À propos de l’auteur :

Nathaniel Hiroz est le créateur de Devenir Polyglotte. Il parle une demie-douzaine de langues couramment et partage sur ce site son expérience en matière d'apprentissage des langues.

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