Mon expérience avec la méthode Assimil

J’ai évoqué dans plus d’un article la méthode Assimil. Mais qu’est-ce que cette méthode, au juste ? Qu’est-ce qui la distingue d’autres méthodes de langues et comment l’intégrer de manière efficace dans l’apprentissage d’une langue étrangère ? Quelles en sont les forces et les faiblesses ?

J’avais tout d’abord prévu de décrire ici les principes de la méthode Assimil et la structure de ses ouvrages, mais la page de Wikipédia consacrée à Assimil expose tout cela en détail, mieux que je ne pourrais le faire. Dans cet article, je me concentrerai donc sur ma propre expérience avec la méthode. Si vous n’êtes pas familier avec Assimil (ce qui est probablement le cas si vous lisez cet article), je vous invite à consulter cette page de Wikipédia avant de continuer votre lecture.

Mon utilisation d’Assimil

J’ai commencé à utiliser Assimil il y a 6 ans, avec la méthode de suédois. Depuis cette époque-là, ma manière d’apprendre les langues a bien changé. Le suédois était la première langue que j’apprenais en autodidacte, et je ne savais pas encore comment m’y prendre. À l’époque, je me suis contenté d’utiliser Assimil, qui m’a permis d’apprendre les bases de la langue, mais guère plus.

La cause de ces limites m’est aujourd’hui évidente : pour atteindre un haut niveau dans quelque langue que ce soit, il est important de combiner les méthodes et les approches. Comme nous le verrons, Assimil est un bon outil pour débuter dans une langue, mais pour progresser rapidement et efficacement, il faut combiner son utilisation avec des tandems linguistiques, avec l’écoute de podcasts, etc. Contrairement à ce que la première de couverture affirme sur chaque titre de la collection Sans peine, il n’est pas possible d’atteindre un niveau B2 uniquement à l’aide d’Assimil. En prenant conscience de ses limites, vous aurez une meilleure idée de ce qu’Assimil peut et ne peut pas faire pour votre apprentissage.

Mais que peut faire Assimil, justement ? Personnellement, j’utilise la méthode dans 4 buts principaux :

  • Me familiariser avec la mélodie de la langue

  • Me familiariser avec la structure de la langue

  • Apprendre mes premiers mots et expressions

  • Avoir accès sous un format relativement compact (livre de poche) à un résumé grammatical (dans l’appendice en fin de livre)

Assimil est pour moi une introduction à la nouvelle langue que je veux apprendre. La méthode me permet de m’habituer peu à peu aux particularités de cette langue. En revanche, Assimil n’est souvent pas suffisant pour comprendre le système phonologique de la langue et développer une bonne prononciation. Les transcriptions accompagnant les premières leçons sont tout sauf précises, et j’ai donc besoin d’autres ressources pour développer une connaissance suffisance de cette dimension fondamentale de la langue.

Dans le cas de langues utilisant un système d’écriture autre que l’alphabet latin, Assimil ne fournit pas de méthodes favorisant un apprentissage rapide. Si la dimension écrite de la langue est importante pour vous (mais ce n’est pas forcément le cas), il faut développer certaines stratégies et connaître certaines ressources utiles. Nous verrons donc bientôt dans un prochain article comment faire pour apprendre un nouveau système d’écriture de manière facile et efficace.

En fonction de ma familiarité avec la langue que j’apprends (c’est-à-dire, en fonction de sa parenté et/ou ressemblance avec d’autres langues que je parle déjà), je progresse plus ou moins rapidement dans la méthode. Si la langue est relativement facile pour moi (comme c’était le cas avec le portugais, par exemple), j’avance rapidement et ne reviens pas (ou peu) sur les leçons déjà vues. Si la langue est plus difficile, soit au niveau de la prononciation (comme dans le cas du chinois), soit au niveau de la grammaire (avec le polonais, par exemple), j’ai tendance à avancer plus lentement et à revoir de multiples fois chaque leçon, jusqu’à ce que je sois sûr d’avoir intégré les points qui me posaient problème. Dans tous les cas, je ne respecte pas le rythme préconisé par Assimil d’une leçon par jour, qui est d’après moi beaucoup trop lent (il faut en effet 5 mois pour terminer un ouvrage de la collection à ce rythme).

Par ailleurs, je cherche à repérer les mots et phrases fondamentaux dont je sais avoir besoin dès le début pour mes tandems et autres interactions. Il n’est pas rare que je feuillette mon livre en quête de matériaux utiles, même si je n’ai pas encore atteint la leçon dans laquelle ils apparaissent. J’entre ensuite ces expressions utiles dans Anki, afin de les apprendre rapidement et de pouvoir les utiliser lors de mes conversations.

Assimil est donc un outil que j’utilise en début d’apprentissage, lorsque je ne connais encore rien ou presque rien de la langue que j’étudie. J’abandonne rapidement Assimil, parfois sans même avoir fini la méthode, pour consacrer mon temps à des matériaux que je juge plus intéressants et utiles. En effet, après un certain temps, il me paraît important de passer à des matériaux authentiques, produits par des locuteurs natifs pour des locuteurs natifs, ou en tout cas des matériaux permettant de se préparer à la réalité de la langue de tous les jours. Assimil a en effet une tendance à rester assez loin de la réalité, avec des dialogues relativement lents et une langue souvent trop formelle. Si cela est supportable en tout début d’apprentissage, ce décalage entre les dialogues d’Assimil et la réalité me fatigue rapidement. Par stratégie aussi bien que par ennui, je passe donc à autre chose.

Maintenant que vous avez une meilleure idée de ce qu’est Assimil et de l’utilisation que l’on peut en faire, examinons-en les forces et les faiblesses.

Forces d’Assimil

  • Le catalogue d’Assimil présente un large éventail de langues, qui continue de s’enrichir. On y trouve des langues aussi variées que l’anglais, le breton, le khmer, le malgache ou l’égyptien hiéroglyphique ! Certaines de ces langues sont des langues que l’on ne trouve pas chez d’autres maisons d’édition.

  • Assimil est une entreprise française, ce qui signifie qu’il est possible d’apprendre toutes ces langues à partir du français.

  • Le fait que l’on trouve la traduction en vis-à-vis du texte dans la langue cible est une rareté dans le monde des méthodes de langues, et un point fort d’Assimil. Cette traduction en français inclut une traduction littérale entre parenthèses, qui permet de mieux comprendre les structures de la langue.

  • Les explications grammaticales sont limitées à l’essentiel et apparaissent de manière progressive. Les dialogues sont souvent drôles, tout comme le dessin accompagnant chaque leçon. Tout ceci permet un apprentissage ludique.

  • Les notes culturelles qui accompagnent la plupart des leçons permettent de replacer la langue dans son contexte et alimentent la curiosité de l’apprenant pour ce nouvel univers.

  • Les enregistrements de chaque leçon sont 100% dans la langue cible, sans explications en français. Ceci permet une écoute sans distraction, qui favorise l’immersion dans la langue cible. Cette caractéristique d’Assimil est également rare dans le monde des méthodes de langues (Teach Yourself et la série Colloquial de Routledge incluent de nombreuses instructions et commentaires en anglais, par exemple).

  • D’un point de vue matériel, les livres d’Assimil sont au format de poche et sont très résistants, la reliure étant solide et le papier de bonne qualité.

Faiblesses d’Assimil

  • La description des sons de la langue cible est généralement très approximative et porte à confusion, tout comme les pseudo-transcriptions phonétiques des dialogues. L’idée d’Assimil, apparemment, est d’offrir des transcriptions qui soient lisibles par des francophones sans notions de phonétique, mais l’imprécision de ces transcriptions les rend inutilisables. En refusant d’utiliser un système un peu plus complexe, certes, mais beaucoup plus précis, comme l’API, Assimil se prive d’un excellent outil qui ajouterait une valeur énorme à ses produits, et c’est bien dommage.

  • Les enregistrements sont bien trop lents. Même si je souscris à l’idée de commencer avec un débit plus lent pour se familiariser avec une nouvelle langue, et que la vitesse d’élocution des dialogues augmente au fil des leçons, celle-ci n’atteint jamais un débit normal, bien loin de là. Les enregistrements ne permettent donc pas de se préparer à la réalité de la langue telle qu’elle est utilisée par ses locuteurs.

  • Bien souvent, la langue enseignée est trop formelle, ce qui prépare mal à avoir des conversations. Cette tendance est un problème que l’on retrouve chez la plupart des éditeurs de méthodes de langues, qui s’obstinent à vouloir enseigner des mots et des tournures formelles que personne n’utilise dans la vie de tous les jours, un parti-pris que je ne m’explique pas.

  • Finalement, les mots et expressions abordés ne sont pas toujours très utiles. Assimil gagnerait sans doute à utiliser des listes de fréquence pour l’élaboration de ses méthodes.

Une dernière précision : même si les titres de la collection Sans peine ont une structure similaire, chaque ouvrage est différent et dépend des auteurs qui ont participé à sa création. L’année de publication du livre a également un impact sur sa structure et son contenu, puisque non seulement toute langue évolue, mais également la politique éditoriale d’Assimil. Ainsi, bien qu’Assimil continue de mettre à jour son catalogue et ses méthodes, il peut exister des différences plus ou moins importantes entre les différents titres offerts, ce que j’ai constaté plus d’une fois.

Conclusion

Malgré les critiques que j’ai formées ci-dessus, Assimil reste ma méthode préférée pour commencer l’apprentissage d’une langue. Son côté léger et intuitif, avec ses explications grammaticales maintenues à l’essentiel et ses dessins comiques, avec ses leçons relativement courtes et digestibles, permettent d’aborder une nouvelle langue de manière ludique. Il est important de combiner son utilisation avec d’autres ressources, comme des partenaires linguistiques, Anki, des listes de fréquences, etc. Dans le futur, Assimil pourrait introduire des transcriptions en API, mieux sélectionner les mots et expressions abordés ainsi que le niveau de langue, et pourrait augmenter le débit des enregistrements. Cela permettrait d’avoir un outil encore plus performant pour débuter l’apprentissage d’une langue.

Avez-vous déjà utilisé la méthode Assimil ? Si oui, qu’en avez-vous pensé ? Et sinon, quelles ressources utilisez-vous pour commencer à apprendre une langue ? Avez-vous trouvé cette revue d’Assimil utile et voulez-vous des comptes rendus d’autres méthodes et outils ? N’hésitez pas à réagir ici dans les commentaires, sur Facebook ou à m’écrire un e-mail avec vos questions et réactions !

P.S. Écrivez à Assimil pour leur demander d’inclure des transcriptions en API dans leurs futurs ouvrages ! 😉

Par |2018-08-20T08:54:50+02:0020 août 2018|Catégorie : Autres, Outils|

À propos de l’auteur :

Nathaniel Hiroz est le créateur de Devenir Polyglotte. Il parle une demie-douzaine de langues couramment et partage sur ce site son expérience en matière d'apprentissage des langues.

3 Comments

  1. Je suis tout à fait d’accord. Assimil est génial pour démarrer une langue, mieux que Duolingo à mon avis, mais je ne pense pas qu’on puisse atteindre un niveau B2 en suivant simplement les leçons comme préconisé. Je m’en sers aussi comme source de phrases de base à ajouter à mon SRS, en ajoutant l’audio ce qui est un gros plus.

    Au passage, ils ont sorti depuis quelques mois des versions numériques sur iOS et Android de leurs méthodes, avec exercices interactifs. Ça peut être intéressant pour pratiquer en mode nomade.

    • Nathaniel Hiroz 04/09/2018 à 19:22 ␣- Répondre

      Merci pour le commentaire, Mickaël! En effet, on ne peut pas atteindre un niveau B2 en se contentant d’utiliser Assimil, ou d’ailleurs quelque autre méthode que ce soit. Dommage que le marketing pousse ces entreprises à faire ce genre de promesses intenables…

      Inclure l’audio sur les “flashcards” est une excellente addition, même si ça demande un peu plus de travail. Sinon, Language Boost propose des paquets tout faits (Vocabooster), incluant les 500 mots les plus fréquents d’une langue donnée, avec phrases-exemples, audio et parfois même une transcription phonétique en API.

      Quant aux versions numériques d’Assimil, ça n’est pas vraiment pour moi. J’utilise mon téléphone ou mon iPod pour Anki ou pour écouter des podcasts, cours et livres audio, mais quand il s’agit d’avancer dans mes méthodes de langues, j’aime avoir une version papier. Mais ce n’est qu’une préférence personnelle, bien sûr! 😉

      • Je ne connaissais pas Vocabooster, merci je vais aller regarder ça !

        C’est vrai que parfois ça fait du bien de sortir des écrans, et apprendre une langue est une excellente activité pour ça… 😉

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