La méthode Michel Thomas : une revue honnête

[Mise à jour 23.01.2019 : si vous souhaitez découvrir une alternative gratuite à la méthode Michel Thomas, consultez l’article que je viens de publier au sujet de Language Transfer]

Cela faisait déjà un certain temps que j’avais entendu parler de la méthode Michel Thomas, mais je n’avais encore jamais eu l’occasion d’utiliser celle-ci. Il y a une dizaine de jours, j’ai donc décidé de tester cette méthode particulière et de vous faire part de mon expérience sur le blog. Voulant être aussi objectif que possible, j’ai choisi une langue dans laquelle je n’avais pas de notions préalables : le japonais.

La méthode, développée par Michel Thomas (sur lequel vous trouverez plus d’informations ici), est à la base en anglais. L’enseignant de langues est décédé en 2005, mais des cours continuent d’être développés suivant sa méthodologie. Les cours de la méthode Michel Thomas sont à ce jour disponibles pour 12 langues : allemand, arabe, chinois, espagnol, français, grec, italien, japonais, néerlandais, polonais, portugais et russe. Les cours d’allemand, espagnol, français et italien sont présentés par Michel Thomas lui-même.

En français, Harrap’s a publié des cours suivant la méthode Michel Thomas pour l’apprentissage de 5 langues (à ce jour) : allemand, anglais, chinois, espagnol et italien. Il existe jusqu’à 3 niveaux par langue : débutant, perfectionnement et vocabulaire.

La méthode est 100% audio, les enregistrements du niveau « débutant » durant une dizaine d’heures, ceux des niveaux « perfectionnement » et « vocabulaire » environ 5 heures chacun.

Les cours ne requièrent pas de prendre de notes ou de réviser les éléments étudiés. Voici d’ailleurs ce qui est affirmé au début de tout cours Michel Thomas (je cite ici le cours d’espagnol en français) :

Vous allez faire l’expérience d’une approche radicalement neuve et différente de l’apprentissage en général et de l’apprentissage des langues en particulier. Une approche qui va vous donner la possibilité, en un temps record, de vous exprimer en espagnol. C’est possible, et vous y parviendrez sans effort de mémorisation, sans rien à apprendre par cœur, sans exercices, sans manuel, sans prise de notes, sans devoirs.

Nous verrons plus loin si ces affirmations correspondent à réalité ou non. Mais, pour l’instant, penchons-nous sans plus attendre sur le fonctionnement de la méthode.

Structure

Lorsque vous commencez un cours Michel Thomas, vous intégrez une sorte de classe virtuelle, formée du professeur (Michel Thomas dans les cours originels d’allemand, espagnol, français et italien) et de deux étudiants (une femme et un homme) n’ayant aucune notion de la langue étudiée. Le professeur, après avoir souligné l’importance d’être détendu-e et présenté quelques principes de la méthode, commence à introduire des mots et expressions dans la langue cible. À chaque nouvel élément (mot, tournure de phrase, terminaison) introduit, le professeur demande à l’un des deux étudiants de traduire une phrase contenant cet élément, de l’anglais (ou du français) à la langue cible. Par exemple : « j’aime les sushis ». Tous les éléments de la phrase à traduire sont des éléments déjà connus à ce stade, et l’exercice consiste à recombiner ces éléments pour créer une phrase inédite. Vous êtes alors censé-e mettre en pause l’enregistrement, traduire la phrase, et ensuite seulement remettre l’enregistrement en route. L’étudiant-e répond alors, et, si la réponse est correcte, le professeur répète la phrase. Sinon, celui-ci corrige et aide l’étudiant-e à former sa phrase, suite à quoi il répète la bonne réponse.

Au fur et à mesure du cours, de nouveaux mots et de nouvelles constructions sont introduits, et les phrases à traduire deviennent de plus en plus longues et complexes :

  • Je mange des sushis

  • Je veux aller au Japon

  • Je parle japonais tous les jours

  • Je parle avec mes amis

  • Je parle avec mes amis japonais

  • Je parle japonais avec mes amis japonais tous les jours, parce que je veux aller au Japon la semaine prochaine et manger de délicieux sushis avec des baguettes dans un restaurant à Tokyo

Aussi impressionnant que cela puisse paraître, vous êtes capable à la fin du cours de japonais de créer une phrase de ce type. Mais est-ce vraiment utile et pertinent ? Examinons les avantages et désavantages de la méthode.

Points forts

  • La méthodologie. L’idée d’une méthode 100% audio, sans besoin de mémoriser et de réviser les informations par soi-même, est intéressante. J’étais tout d’abord sceptique, considérant que je progresse mieux si je peux lire les informations, mais je n’ai eu aucun problème à retenir les mots et structures étudiées.

  • La progression est bien étudiée, et l’évolution de structures simples vers des structures complexes se fait de manière fluide.

  • L’intégration de deux étudiants débutants est un élément que j’ai trouvé intéressant et utile. Le fait qu’ils produisent des erreurs (qui seront parfois les mêmes que les vôtres) et que ces erreurs soient immédiatement corrigées, permet d’apprendre de manière plus efficace que si le cours se contentait de donner la bonne réponse directement après la question.

  • Le cours est excellent pour travailler la syntaxe et la grammaire. Le fait de voir et revoir les mêmes structures un bon nombre de fois, avec de légères variations, permet de créer de nouvelles phrases sans problème (pour autant qu’elles suivent les structures étudiées).

  • Le vocabulaire étudié est mémorisé sans problème, grâce à bonne dose de répétition.

Points faibles

  • Revers de la médaille des point précédents : si le vocabulaire est retenu si aisément, c’est parce qu’il est passablement limité.

  • Les mots et structures étudiées ne sont pas toujours très utiles. En particulier, la création de phrases extrêmement longues et complexes ne me paraît pas très pertinente. Même en français, je ne m’exprime jamais avec des phrases d’une telle longueur à l’oral.

  • À l’inverse, bien des expressions fondamentales et qu’on attend de tout cours de langue ne sont jamais abordées. Ainsi, je ne sais toujours pas dire « bonjour » ou « je m’appelle » en japonais !

  • Le titre « perfectionnement » donné au second cours de chaque langue est trompeur. Il faut être conscient que même après avoir terminé tous les cours Michel Thomas pour une langue donnée, le niveau atteint reste très basique et limité.

  • Les cours créent un effet de cocon dans lequel tout est sous contrôle, et donnent confiance en soi, ce qui n’est pas une mauvaise chose. Par contre, il y a un gros risque lié à cela : surestimer ses compétences et négliger de travailler une fois le cours terminé. Avec pour conséquence de se retrouver incapable de communiquer dans une situation réelle et de se décourager à ce moment-là.

  • Le prix est passablement élevé. D’après les informations que je trouve en ligne, les cours de la méthode Michel Thomas en français sont à 75€ pour le niveau débutant, à 50€ pour le niveau (pseudo-)avancé et à 41€ pour le cours destiné à augmenter son vocabulaire.

Conclusion

Il est important de souligner que mes impressions et conclusions sont basées sur mon expérience avec les cours « débutant » et « perfectionnement » de la méthode de japonais (en anglais). Il existe sans doute des différences, plus ou moins marquées, entre les différents cours de la collection.

J’ai beaucoup aimé apprendre le japonais avec la méthode Michel Thomas, et en particulier constater ma progression en aussi peu d’heures de travail. Les éléments étudiés forment un noyau solide à partir duquel développer les compétences. Par contre, il faut rester conscient que ce noyau est limité et ne pas se bercer d’illusions. Le niveau atteint reste très basique et ne constitue que le point de départ d’un apprentissage qui doit intégrer bien d’autres outils. En particulier, il est nécessaire de développer son vocabulaire, et notamment d’apprendre rapidement un certain nombre d’expressions fondamentales, que les cours de la méthode Michel Thomas n’enseignent pas (en tout cas pas celle de japonais). Il faut par ailleurs commencer à utiliser la langue pour véritablement l’intégrer, et la meilleure manière pour le faire est d’organiser des tandems linguistiques.

Je recommanderais donc cette méthode comme premier point de contact avec une langue, avant de passer à des outils plus poussés. Il me semble aussi que les (futur-e-s) enseignant-e-s de langues pourraient profiter de la méthodologie développée par Michel Thomas et tenter de l’intégrer dans leur pratique. Il y a, d’un point de vue pédagogique, d’excellentes leçons à retirer d’une telle méthode.

Avez-vous déjà testé la méthode Michel Thomas, ou d’autres méthodes 100% audio ? Qu’en avez-vous pensé ? Dites-le-nous dans les commentaires ou sur Facebook !

Par |2019-01-23T11:51:42+01:002 septembre 2018|Catégorie : Autres, Grammaire, Outils|

À propos de l’auteur :

Nathaniel Hiroz est le créateur de Devenir Polyglotte. Il parle une demie-douzaine de langues couramment et partage sur ce site son expérience en matière d'apprentissage des langues.

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