Anki et la répétition espacée

Cela vous rappellera peut-être quelque chose : une boîte en carton, divisée en 5 sections, remplie de cartes. D’un côté de chaque carte, un mot en français ; de l’autre, la traduction de ce mot dans une langue étrangère. Le principe est simple : vous tentez de traduire chaque mot et retournez la carte pour vérifier votre traduction. Si celle-ci est correcte, la carte progresse d’une section ; en cas d’erreur, la carte retourne à la case départ. Ce système, mis au point et décrit par l’Autrichien Sebastian Leitner en 1973, utilise un principe connu sous le nom de « répétition espacée ».

Vous avez peut-être fait connaissance avec ce système à l’école, vous avez aimé ou non. Pour ma part, j’ai détesté. Dès le début, au point de ne jamais même essayer d’utiliser toutes ces cartes que notre prof d’allemand nous forçait à rédiger. À la fin de ma scolarité, je me suis fait une joie de détruire et les cartes et la maudite boîte qui les abritait.

LA RÉPÉTITION ESPACÉE AVEC ANKI

Mon désintérêt vis-à-vis de ce système d’apprentissage a continué jusqu’au jour où j’ai découvert l’avatar électronique de la boîte de Leitner : Anki. À vrai dire, ce programme de répétition espacée, qui a eu des prédécesseurs, n’est pas seulement la version numérique du système de Leitner. Il s’agit d’un système plus avancé, plus performant, et surtout plus pratique.

Mais, tout d’abord, qu’est-ce que la répétition espacée ? Il s’agit d’un système d’apprentissage dans lequel plusieurs sessions de révision des connaissances se succèdent. Les intervalles entre ces sessions sont d’autant plus grands que les connaissances sont maîtrisées. Le but est de tester et revoir les connaissances lorsqu’on est sur le point d’oublier celles-ci.

Anki est un système de répétition espacée électronique, qui permet de tester ses connaissances. Dans le cadre de l’apprentissage des langues, Anki est essentiellement utilisé pour la révision du vocabulaire (mais pas seulement : le système peut aussi être employé pour apprendre d’autres systèmes d’écriture, la grammaire ou la prononciation). Tout comme pour la boîte de Leitner, on crée des cartes avec un mot ou une phrase en français d’un côté, et la traduction dans une langue étrangère de l’autre côté. Lorsqu’on révise une carte, Anki nous demande d’évaluer le degré de facilité avec lequel on s’est souvenu de l’information en question. En fonction de notre évaluation, la carte réapparaît dans un délai plus ou moins grand. Au fur et à mesure des bonnes réponses, le délai de réapparition d’une carte donnée augmente. Ceci permet de se concentrer sur les cartes qui posent le plus de problèmes, et de ne pas perdre de temps avec les informations que l’on maîtrise déjà.

Ceci est une présentation sommaire des fonctionnalités d’Anki ; vous trouverez plus d’informations ici. Anki est disponible sur Windows, Mac, Linux, iOS et Android. L’application est gratuite sur tous ces systèmes, à l’exception d’iOS.

POURQUOI J’ADORE ANKI

J’adore Anki autant que j’ai haï son ancêtre en carton. Voilà pourquoi :

  • Anki est pratique. Dans sa version pour smartphone, Anki tient dans une poche, et peut contenir des milliers de cartes, dans des langues différentes. Peut-on en dire autant d’une fichue boîte en carton ?
  • La conséquence de cette compacité est qu’Anki peut être utilisé n’importe où et n’importe quand (ou presque, je laisse votre bon sens juger des limites). Ceci permet notamment de mettre à profit les « temps morts » présents au long votre journée. Dans le bus, dans une salle d’attente, dans une file, Anki vous accompagne et rivalise avec les photos de chihuahuas qu’une ancienne connaissance poste sans arrêt sur Instagram.
  • Anki dispose d’un système de « cloud » qui vous permet de synchroniser vos différents appareils et d’accéder à vos cartes depuis n’importe quel ordinateur. Votre ordinateur professionnel, par exemple.
  • L’algorithme d’Anki détermine pour vous quand chaque carte devra être révisée, en fonction de la facilité/difficulté avec laquelle vous avez traduit la carte en question. Pas bête, cet Anki. Et si serviable.

COMMENT UTILISER ANKI DE MANIÈRE EFFICACE

Les cartes de vocabulaire, selon la manière dont elles sont utilisées, peuvent constituer une aide notable à l’apprentissage, tout comme elles peuvent être une perte de temps considérable. Voici quelques conseils pour faire un usage optimal de cet outil :

1. Bien sélectionner les mots

L’acquisition de vocabulaire est un élément central de l’apprentissage d’une langue. Mais, comme nous l’avons vu dans cet article, tous les mots ne sont pas égaux quand il s’agit de progresser rapidement dans une langue. Même avec le meilleur système de mémorisation et de révision du monde, apprendre des mots aléatoires se montrera peu efficace.

Je vous conseille donc de bien sélectionner les mots et phrases que vous entrerez dans Anki. Ils proviendront des sources suivantes : de votre méthode de langue, d’une liste de mots fréquentielle, de podcasts, de livres, mais aussi et surtout des conversations avec vos partenaires linguistiques.

Le risque est de vouloir entrer tout et n’importe quoi dans Anki. Je remarque que la tendance est à introduire trop de mots plutôt que pas assez. Et cela ne vous sert pas ; rappelez-vous ceci : le temps que vous consacrez (= perdez) à apprendre des mots peu pertinents est du temps que vous n’investissez pas dans quelque chose de plus utile.

Je sais qu’il est difficile d’évaluer la pertinence d’un mot. La capacité de définir quels mots sont pertinents pour vous à un moment donné de votre apprentissage est une sensibilité qui se développe avec le temps. En attendant, posez-vous simplement cette question avant d’introduire un mot dans Anki : « suis-je susceptible d’utiliser ce mot au cours des 3 prochaines conversations ? » Soyez honnête avec vous-même. Il est facile de tomber dans le « oui, mais on ne sait jamais, peut-être que… ». Si la réponse est « peut-être », ou carrément « non », alors retenez-vous et n’entrez pas ce mot dans Anki.

2. Inclure des phrases-exemples

Jusqu’à présent, j’ai surtout parlé d’introduire des mots dans Anki, mais il est en fait souvent préférable d’utiliser des phrases plutôt que des mots isolés. Cela permet plusieurs choses :

  • Apprendre certaines structures de la langue, grammaticales et syntaxiques.
  • Clarifier le sens de certains mots, qui peuvent être ambigus hors contexte.
  • Comprendre comment et dans quels contextes un mot est utilisé. Il est peu utile d’apprendre un mot si vous ne savez pas quand et comment l’employer.

3. Utiliser ses propres cartes

Anki permet de télécharger des paquets de cartes déjà faits, créés par d’autres utilisateurs de l’application. Vu le temps que prend la création de cartes, on peut être tenté(e) de télécharger ces paquets, mais je ne le recommande généralement pas, pour plusieurs raisons.

Vous ne savez pas où la personne a trouvé ses informations. Peut-être que certaines traductions sont erronées, ou alors il y a des fautes d’orthographe, de grammaire, etc. Comme ce ne sont pas vos cartes, celles-ci ont un grand risque de ne pas être pertinentes pour vous. Lorsque vous créez des cartes, à partir d’une conversation sur Skype ou de votre méthode de langue, vous savez d’où proviennent les mots et phrases. Vous les associez à une expérience personnelle, ce qui rend l’apprentissage plus pertinent et plus facile. Mémoriser, c’est créer des liens avec ce que l’on connaît. En utilisant les cartes de quelqu’un d’autre, il sera plus difficile de lier les informations à votre propre vécu. Le manuel d’utilisation d’Anki aborde cette question ici.

4. Limiter le nombre de nouvelles cartes

Il est tentant d’ajouter beaucoup de cartes en même temps, ou d’ajouter des cartes chaque jour. Mais soyez conscient(e) des conséquences : vous risquez de vous retrouver débordé(e) après un certain temps. Si cela fonctionne au début, quand vos paquets de cartes sont peu fournis, l’entreprise devient plus problématique avec le temps.

Après quelques semaines, quelques mois d’utilisation, vos paquets de cartes seront relativement gros. Un jour donné, vous pouvez avoir à réviser des cartes créées le jour même, des cartes de la veille, des jours d’avant, de la semaine précédente, du mois passé… Les cartes s’additionnent et le risque est d’avoir trop à réviser à la fois.

Mais cela dépend de vos réglages : il est en effet possible de choisir le nombre de nouvelles cartes à étudier et d’anciennes cartes à réviser chaque jour. Si vous vous sentez débordé(e) par le nombre de cartes à travailler, vous pouvez toujours changer ces paramètres.

5. Ne pas oublier les autres activités

Vu son côté pratique, il est facile de préférer Anki à d’autres activités d’apprentissage, comme l’étude de votre méthode de langue ou les conversations avec vos partenaires linguistiques. Il est cependant important de souligner qu’un apprentissage basé uniquement sur l’étude de cartes de vocabulaire ne vous mènera pas très loin. Anki est un outil formidable, à condition d’être couplé à d’autres outils et activités. C’est cette combinaison d’activités qui se révèle efficace et qui a le potentiel de vous porter rapidement vers un bon niveau dans la langue que vous apprenez.

C’est donc sur cette conclusion que je terminerai l’article d’aujourd’hui. Adoptez Anki et faites-en bon usage. Rejoignez-moi dans mon combat pour éradiquer les boîtes de Leitner en carton, et sauvons ensemble des milliers d’arbres (oui, je sais, produire des smartphones et des ordinateurs crée davantage de problèmes…).

Avez-vous déjà utilisé Anki ou d’autres systèmes de répétition espacée pour apprendre du vocabulaire ou d’autres informations ? Quelle a été votre expérience ?  Avez-vous déjà pris du plaisir à détruire une boîte en carton ? Faites-le-nous savoir dans les commentaires !

Par |2017-11-14T22:39:04+01:0014 novembre 2017|Catégorie : Outils, Vocabulaire|

À propos de l’auteur :

Nathaniel Hiroz est le créateur de Devenir Polyglotte. Il parle une demie-douzaine de langues couramment et partage sur ce site son expérience en matière d'apprentissage des langues.

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